dimanche 3 juillet 2011

Shabbat mon amour, et autres consignes casher

C'est sur le forum de Techouvot.com qu'on découvre une palanquée de questions (et de réponses) mémorables posées par quelques juifs particulièrement dévots.

Un cohen («membre du clergé hébreu») demande par exemple, après avoir terminé sa première année commune aux études de santé (PAES), s'il a le droit d'effectuer des études de médecine. Niet ! En effet, « si dans le cadre des études vous êtes obligatoirement amené à être en contact avec un cadavre humain [...] il sera a priori interdit au Cohen d'entreprendre de telles études. » On imagine la cruelle désillusion après un an de dur labeur.

Dans un autre registre, le lecteur apprendra avec soulagement qu'il existe des rasoirs électriques casher. Le rabbin Yossef Loria précise même que « les Philips dont le modèle est inférieur ou égal à 6000 [sont] tolérés », précision fort utile pour les plus consciencieux.

Mais que cette bonne nouvelle ne vous pousse pas au laxisme ! On ne plaisante pas avec les objets électroniques. Plusieurs messages indiquent sans ambiguïté qu'il est rigoureusement interdit d'utiliser la clé magnétique de son immeuble pour y rentrer durant shabbat.

Un autre nous permet de sympathiser avec un parent dont la fille est convoquée à un examen un vendredi après-midi, et qui sera donc conduite à rentrer chez elle en possession de sa carte électronique d'étudiante... pendant shabbat. Interrogation parfaitement légitime puisque le rabbin Imanouel Mergui confirmera l'interdiction de ramener cet objet dans le foyer. Vous avez bien compris. La fille de l'internaute prévoyant n'est pas autorisée à rentrer chez elle avec une carte équipée d'une puce dans son portefeuille.
Plein de ressources, un internaute avisé conseillera au père démuni de s'envoyer par La Poste la carte maudite le vendredi soir, pour la recevoir la semaine suivante.

Car le judaïsme se vit à tous les âges. Une adolescente (ou peut-être pas) demande ainsi si elle peut « se gratter les boutons, [s]'enlever une croute ou [se] faire sortir le pus » pendant shabbat. Naïve requête, lui expliquera le rabbin Loria : « faire couler du sang représente une interdiction de la Torah dérivée de l’interdiction de tuer, car la Torah considère le sang comme la vitalité. Il convient de faire connaitre à tous cette interdiction car de nombreuses personnes agissent de la sorte sans avoir conscience de la gravité de cet acte. » Pour cette raison, « il est aussi prohibé de gratter un bouton ou une blessure de crainte de faire couler du sang. Il est de même défendu de sucer une plaie ou d’aspirer du sang qui coule entre les dents. » Mais la religion n'est pas aveugle aux impératifs cosmétiques et c'est avec soulagement qu'on apprendra qu'« il est permis de sortir le pus d'un bouton, car ceci permet la guérison de ce bouton, mais cette permission s'applique seulement si il est certain que du sang ne sortira pas également. » Cette dernière préconisation invite au pragmatisme : pour éviter le sang, « il est recommandé de le faire [faire] par un non Juif. 

On découvre également que les lunettes de soleil sont interdites durant shabbat, voir même les lunettes de vue de faible correction... car on risquerait des les enlever (on se rassure en apprenant qu'« une permission envisageable serait peut-être pour des lunettes avec cordon élastique qui les rattachent à la tête »). Par contre, on a le droit de coller et décoller un post-it ou d'utiliser des jumelles — ouf.

Mais ces soucis sont anodins comparés aux drames que ce forum permet de mettre à jour. Claire1963 a par exemple décidé de couper directement et de sa seule initiative, sur le compteur électrique de son immeuble, les détecteurs de mouvement qui contrôlent l'éclairage des couloirs de sa copropriété pendant shabbat. Malheureusement, les autres propriétaires se sont manifestés, et la pauvre Claire voudrait savoir comment gérer cette situation inextricable : mieux vaut-il désactiver clandestinement les détecteurs tous les vendredi après-midi ou transgresser l'interdit divin en osant marcher dans le couloir (ce qui active les détecteurs !) ?
Solidarité oblige, les membres du forum regorgent d'idées et de solutions pour la sortir de ce lumineux bourbier :
Certains rabanim permettent de passer (malgré que la lumière va s'allumer "à coup sûr") SI LA PIECE N'EST PAS COMPLETEMENT SOMBRE. [...] S'il n'y a pas de fenêtre, vous pouvez peut-être placer une petite lampe dans cette salle, alimentée par VOTRE compteur, qui maintiendrait un peu de lumière dans la salle. [...] Il y a aussi une technique qui consiste à obstruer PARTIELLEMENT le détecteur (avec un sparadrap ou autre) de telle sorte que l'on puisse longer le mur et échapper à sa vigilance.
Que d'ingéniosité, mise au service du rayonnement de l'Humanité !

Le reste du forum regorge de perles du même genre : une littérature parfaitement captivante qui mérite le détour.

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